Mort & Anthropologie.

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Du nouveau dans nos cimetières. Faire exister, faire place et faire disparaître

Depuis le milieu du XXe siècle, dans un contexte de sécularisation, les pratiques funéraires se sont diversifiées. Il faudra néanmoins attendre les années 1990 pour que ces évolutions soient statistiquement représentatives, on pense notamment aux soins de conservation et à la crémation qui se sont démocratisés. L’une a pour effet de créer une forme d’éternisation symbolique (dernière image du corps), l’autre a pour conséquence de transformer le corps en cendres si bien que les « restes mortels » n’ont plus forme humaine.

Au-delà de ces techniques du corps, se pose la question des lieux. Le législateur a rappelé, en 2008, que la destination « normale » des corps-morts était le cimetière, quand bien même la dispersion des cendres en pleine nature est autorisée. En un sens, on pourrait considérer que le cimetière – dans sa forme moderne héritée du XIXe siècle, lieu de repos et du souvenir – ne serait pas affecté par ces transformations. Or, il est probable que l’on assiste pourtant à un renouveau de la gestion des corps, laquelle pourrait avoir une incidence sur le travail d’investigation des futurs archéologues, aboutissant à une quasi-disparition des « restes ». Nous assistons aujourd’hui à une réduction de la masse corporelle, qui se traduit dans le cas des concessions échues (des concessions dont la durée s’est nettement raccourcie), par une généralisation de la crémation des restes mortels, puis à leur dispersion, remplaçant progressivement les ossuaires (ce dans les cimetières des grandes agglomérations dotées d’un crématorium).

Dans le même temps, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes, on observe une transformation des sensibilités qui fait exister des corps ou fragments qui jusque-là n’étaient pas « admis » dans l’espace dédié aux morts. Je prendrais deux exemples issus de mes terrains, celui du devenir des corps des enfants sans vie et celui des fragments de corps non identifiés issus de catastrophes collectives, qui n’ont pas des personnalité juridique mais peuvent néanmoins être inhumés, ce dans l’esprit de la loi.

Ce panorama permettra de faire l’hypothèse que si les temps du deuil, de la commémoration ou souvenir, puis de l’oubli étaient clairement établis, il semble désormais que cette perspective diachronique soit moins opérante. D’un côté, des notions « morales » et non situées comme le respect, la dignité et la décence essaiment, si bien qu’il est difficile de savoir à partir de quand une intervention sur le cadavre, voire les « restes » est possible et légitime. De l’autre, des pratiques tendent à faire disparaître le corps et la sépulture, ce du vivant des ascendants ou descendants directs, brouillant les repères temporels.

Gaëlle Clavandier

8ème rencontres du Groupe d’anthropologie et d’archéologie funéraire (GAAF), La mort de plus en plus proche : rencontre autour de nos aïeux, Marseille, France, 25-27 mai 2016.

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