Mort & Anthropologie.

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Comprendre l’expérience d’enfants et de jeunes adultes de parent(s) décédé(s). Perdre un (ses) parent(s) avant 25 ans.

Cette recherche bénéficie du soutien de la fondation d’entreprise OCIRP. Elle a fait l’objet de l’expertise de son Conseil scientifique. Elle a été portée par l’Institut de Formation en Travail Social (IFTS) d’Échirolles (38).

RÉSUME

Malgré leur poids statistique, 800.000 selon l’INED, les enfants et les jeunes ayant perdu un ou deux de leurs parents avant l’âge de 25 ans (orphelins « précoces »), restent une population relativement absente des débats publics, des politiques publiques et du traitement médiatique. Pourtant, la perte d’un parent peut entraver le processus de socialisation (rapports à soi et à autrui), créer des inégalités scolaires, voire engendrer des problèmes de santé et impacter durablement la vie professionnelle. Des travaux récents pointent les manques et les besoins des professionnels, notamment en matière de formation, pour les accompagner et agir sur les conséquences psychologiques et sociales de la perte d’un parent.

Face à ces constats, notre projet de recherche-action avait pour ambition de comprendre les trajectoires et l’expérience vécue d’enfants et de jeunes adultes de parent(s) décédé(s) afin de faire émerger des pistes d’actions, d’interventions et de formations auprès des professionnels. Déployée en Isère, cette recherche-action a consisté en un premier recueil d’expériences vécues à partir des témoignages de personnes concernées directement par la perte de leur(s) parent(s) et parallèlement d’entretiens avec leur entourage proche et des professionnels accompagnants. Une seconde phase a vu la mise en place d’ateliers de réflexion collective (ARC) réunissant orphelins, entourage et professionnels avec pour objectif d’enrichir le premier recueil et de confronter les points de vue, autrement dit d’interroger la réalité collectivement et d’investiguer les problèmes pour faire émerger des pistes de solutions.

Face au désordre de la perte de leur(s) parent(s) et à ses répercussions, les interviewés et les participants aux ARC déploient une énergie impressionnante pour tenir face à cet événement qu’ils subissent, mais aussi, dans les mois et les années qui suivent, pour continuer à avancer, malgré tout. Subir, con(tenir), avancer : trois verbes qui résument les discours recueillis.

Unanimement, le fait d’être écouté et de se sentir écouté, pouvoir déposer ce qu’on a dire, quand on a besoin de le dire et sans jugement, est plébiscité. Par contre, ce qui peut être un soutien pour l’un peut être un frein pour l’autre, voire une entrave, pour les autres : les tentatives de réconfort ; les funérailles (y aller ou pas, être impliqué ou pas); la famille (resserrement/délitement des liens ; présence/absence de la famille élargie ; aider son parent) ; l’école (le retour, les enseignants, la scolarité) ; les psychologues ; les pairs, les proches ; le village ou le quartier.

Face à un événement destructeur, l’enjeu permanent est de « reprendre la main sur sa vie », de retrouver un certain équilibre, pour en faire un élément fondateur/créateur de quelque chose de positif, malgré la persistance et les retours toujours possibles du trouble. Cette expérience est structurante et a des répercussions sur le plan de la construction de soi, des relations à autrui et de la construction de son rapport au monde.

Ces répercussions prennent des formes différentes, elles n’ont rien de mécanique, d’univoque ou d’unilatéral, ni de continu. En fin de compte, les orphelins sont tous sont un peu en lutte avec la vie, avec leur vie, mais leurs difficultés à vivre et leurs problèmes existentiels sont aussi le point de départ d’une transformation du décès, événement destructeur et subi, en un événement fondateur, et moteur de l’action.

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